Julius Sichel : un ophtalmologiste allemand à Paris

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Allemand d’origine, Julius Sichel (1802-1868) est considéré comme l’ophtalmologiste parisien le plus important de son époque. Précurseur de l’ophtalmologie « libérale » dans la capitale, il laissa aussi de nombreux travaux de grande valeur scientifique et culturelle.

Né le 14 mai 1802 à Francfort, dans une famille de commerçants juifs, Sichel est reçu médecin à Berlin dès 1825. Il se forme ensuite à l’ophtalmologie à Vienne puis, en 1832, décide de tenter sa chance à Paris : à l’époque, l’ophtalmologie ne constitue pas une spécialité reconnue en France, ce qui laisse le champ libre à des chirurgiens plus ou moins bien formés, mais aussi et surtout à des nuées de charlatans. En ouvrant une consultation privée exclusivement dévolue à l’ophtalmologie, complétée par un enseignement facultatif pour les médecins, Sichel répondit donc à des besoins particulièrement criants… et s’assura une bonne clientèle et une fortune confortable.

Nationalisé français en 1834, après avoir repassé ses diplômes pour exercer définitivement en France, Sichel exercera jusqu’en 1867 dans sa clinique de la rue Jacob, dans le 6eme arrondissement. A l’instar de nombreux médecins « privés » de l’époque, il reçoit gratuitement, quelques heures par semaine, les malades indigents dans le cadre d’une policlinique qu’il ouvre rue de la Chaussée d’Antin, et se « rattrape » sur les malades riches… Il s’agit là d’une « solidarité » non obligatoire mais fortement répandue, ancêtre des principes qui réglementent de nos jours, mais de manière autoritaire, les plafonnements et dépassements d’honoraires. Sichel fit des émules parmi les jeunes médecins parisiens qu’il forma, et dont plusieurs ouvrirent par la suite des consultations.

Sichel nous est décrit comme « un opérateur habile, adroit et heureux », mais aussi prudent, hostile aux interventions hasardeuses et « consciencieux à l’excès ». Il poussait de même « la science du diagnostic aussi loin que possible, rédigeant avec la plus grande minutie ses prescriptions pharmaceutiques et hygiéniques ». Cela suscitait d’ailleurs parfois l’étonnement, voire les reproches de ses confrères ou de ses clients, écrit l’un de ses biographes, le Dr Warlomont. S’il laisse de nombreuses publications ophtalmologiques, Sichel reste connu avant tout pour son magistral atlas d’ophtalmologie, «l’iconographie ophtalmologique». Cet impressionnant ouvrage constitué de 80 planches en couleur et de 500 dessins et gravures, soigneusement commentées dans plus de 800 pages de textes et d’observations, présente en détail l’anatomie et toutes les pathologies de l’oeil, de même que les instruments et techniques opératoires. Sichel consacra plus de vingt ans à sa rédaction, et l’ouvrage parut en 20 livraisons, la première en 1852 et la dernièreen 1859. Sichel investit beaucoup d’argent dans cette oeuvre, notamment pour payer le dessinateur, Emile Beau, qui travailla exclusivement pour lui pendant plusieurs années.

Mais l’atlas fut loin de connaître le succès escompté par son auteur : en 1850, le médecin et physicien berlinois Hermann von Helmholtz mit au point l’ophtalmoscope, permettant des observations et des examens beaucoup plus précis qu’auparavant. Cette révolution diagnostique réduisit l’intérêt de l’ouvrage de Sichel pour la pratique et l’enseignement de l’ophtalmologie. Il dut même, en toute hâte, modifier certaines planches, devenues obsolètes, pour les adapter aux résultats apportés par l’ophtalmoscope.

Sichel était aussi un grand d’amateur d’art, d’histoire et de sciences naturelles.

Passionné d’entomologie, il partait, le dimanche, chasser des insectes à la campagne, et constitua une importante collection d’hyménoptères qu’il légua au Museum d’Histoire Naturelle. De même, il se dota d’une remarquable collection de cachets d’oculistes romains, n’hésitant pas à en acheter « à des prix fabuleux ».

Souffrant depuis des années de la vessie, Sichel meurt le 11 novembre 1868 des suites d’une infection contractée lors d’une opération de la pierre.

Comme le conclut le Dr Warlomont, « Sichel a gagné énormément d’argent, mais il est mort presque pauvre, car tout dans sa carrière était marquée au coin du désintéressement ».

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